jeudi 17 octobre 2013

LE PARDON DE LAMPEDUSA

Les drames à répétition de Lampedusa ont suscité à juste titre une vague d’émotion et de compassion à laquelle nul ne peut rester insensible. Les prières et la messe des italiens bouleversés comme les mots prononcés par le Pape François au lendemain de la tragédie résonnent en écho à la douleur de constater que, traversée après traversée, les morts se comptent désormais en milliers. Faut-il demander pardon ? Sûrement, mais de quoi ? Pardon d’avoir fait croire à tous ceux qui ont péri que Lampedusa est la porte vers un Eldorado. Cependant, comment ignorer et se taire sur le fait qu’une lourde responsabilité pèse sur les pays d’origine de ces flux d’immigration clandestine, véritables puissances pétrolières gangrenées par la corruption, comme sur les autorités des pays d’Europe, Préfets et Elus, qui appellent à accueillir tous les rescapés de la misère et de l’exploitation jetant ainsi à la mer des milliers de personnes devenues les proies des réseaux mafieux et des passeurs. Là, est la responsabilité. Ce n’est pas à l’Europe de pleurer seule les morts. Ce n’est pas à l’Europe, car en faisant cela elle s’inscrit dans une posture post-colonialiste inacceptable.

On ne gouverne pas, on ne répond pas efficacement avec des larmes. Si elles témoignent l’émotion du deuil, elles ne font que s’ajouter à l’océan qui a emporté tant de vies. Quels moyens sont dédiés à Frontex l’agence européenne censée sécuriser la méditerranée ? 30 000 personnes sont arrivées par nos côtes européennes clandestinement cette année.

Nous devons travailler à une nouvelle politique migratoire de l’Union européenne. Et la réponse ne réside pas dans les 30 millions d’euros d’aide supplémentaire que Bruxelles a promis à l’Italie pour gérer les flux migratoires. Elle est plutôt à rechercher du côté de l’Australie qui depuis le 18 septembre a mis en place l’opération ‘frontières souveraines’ en vertu de laquelle les bateaux des migrants sont interceptés et renvoyés dans un délai de 48 heures dans des centres de transit, non plus australiens, mais situés en Papouasie-Nouvelle-Guinée. En Grande-Bretagne, David Cameron a également pris les mesures qui s’imposent afin de lutter contre l’immigration illégale en limitant l’accès aux prestations sociales et en privilégiant l’immigration économique choisie.

Pourquoi la France, pourquoi l’Union européenne, au lieu de s’empêtrer dans la paralysie de la bien pensance n’ont-elles pas le courage du réalisme ? L’humanisme du réalisme ? Ce n’est pas avec des millions d’euros de subventions que l’on mettra un terme aux tragédies comme celles de Lampedusa. Ces 30 millions d’euros qui partent pour l’accueil des réfugiés, les régularisations, sont des signaux délétères donnés aux passeurs et un encouragement à ces flux migratoires du malheur. Ce sont aussi autant d’euros dont les citoyens européens ne pourront pas bénéficier.

Dans le contexte de crise économique et financière qui touche de plein fouet notamment les classes moyennes, un tel signal est un luxe que l’Union européenne ne peut pas se payer ni financièrement ni moralement et qui pose question sur la place qu’occupe le mieux-vivre de nos concitoyens dans l’échelle de ses priorités.

Comment nos concitoyens peuvent-ils comprendre qu’on légifère sur l’immigration et en même temps qu’on ouvre les vannes de l’immigration illégale et mafieuse ? Où est la cohérence ? Où est l’humanité ?

Non seulement nous encourageons les Etats corrompus dans leurs turpitudes, nous adressons des signaux d’encouragement aux mafias qui vivent du trafic d’êtres humains, mais nous nous affaiblissons sur le plan national et international en créant de l’injustice. Si nous continuons à être les otages d’une bien pensance éculée nous vivrons le sinistre scénario décrit en 1973 par Jean Raspail dans son ouvrage le camp des saints.