mardi 19 août 2014

Au nom de l’humanité, intervenons en Irak !



Le 7 Mars 1936, Hitler lançait son premier coup de dés et donnait l’ordre aux troupes allemandes d’entrer en Rhénanie démilitarisée. Une action militaire terrestre concertée entre la France et la Grande-Bretagne, pour assurer l’application du traité, aurait alors prévenu de nombreuses tragédies ultérieures, y compris en Allemagne. Mais la désunion entre alliés, la crise économique et le manque de vision eurent raison de la volonté de certains hommes politiques français et britanniques plus clairvoyants. Le prestige d’Hitler en sortait décuplé, en particulier au sein de ses troupes, galvanisées par ce succès et par la glaçante prescience de leur leader, interprétée comme surhumaine, alors que le scepticisme était très majoritaire jusqu’au sein de son propre état-major.

En 2014, en Irak, pays frontalier de la Turquie, elle-même frontalière de l'Union européenne, laisserons-nous l’Etat islamique au Levant se repaître de ses atrocités et se griser de ses succès, assurant par là même la pérennité du recrutement de ses noires brigades, jusqu’au coeur de nos villes ?

La situation est suffisamment grave pour que des voix traditionnellement hostiles au recours aux armes en appellent à la force. En 1937, Pie XI s'était exprimé « avec une brûlante inquiétude » (Mit brennender Sorge). « C'est le cœur lourd et plein d'angoisse » que le pape François a écrit aux Nations unies le 13 août dernier. Comment ne pas être saisi par le parallèle entre ces textes, comme par la pratique commune consistant à marquer des bâtiments d'un signe distinctif et à en expulser ses habitants, sans parler des massacres ?

La France est certes une puissance moyenne, frappée, comme dans les années 30, par une grave crise économique et sociale. Mais quand il s’agit de défendre la justice et la survie de populations millénaires, martyrisées à nos portes, l’histoire a montré que notre pays a su se dépasser et trouver les moyens de mobiliser le meilleur de lui-même, avec ses partenaires.

La France peut susciter l'élan qui emportera l’adhésion de nos concitoyens et des populations irakiennes, avec lesquelles nous partageons des liens si particuliers et qui doivent reprendre en main leur défense et conduire vigoureusement la contre-attaque. 

UNE QUESTION ÉGALEMENT DE SÉCURITÉ NATIONALE
Il en va aussi de notre sécurité nationale. Nous ne pouvons pas laisser se pérenniser à nos portes un « califat » qui pousse à leur paroxysme les pires extrémités de l'islam le plus obscur. Ne doutons pas qu'un « État islamique » ainsi constitué devienne à brève échéance une base arrière pour frapper l'Europe. Nous ne pouvons plus nous contenter de largages incertains ou de trop lointaines attaques de drones. Le cas de la Libye nous a prouvé que c’est inefficace à long terme.

Nous sommes conscients de la gravité de notre demande mais la folle montée en puissance en Irak de ces adversaires et leur politique de terreur décomplexée nécessitent l’intervention urgente de troupes terrestres, sous mandat de l’ONU. Avec humilité et persévérance, convainquons nos partenaires européens. Au-delà, adressons-nous à nos partenaires arabes, dont les autorités politiques et religieuses doivent clairement dénoncer cette situation et la folie de ces « djihadistes » qui défigurent leur foi et blessent, en invoquant le même Dieu, les musulmans qui vivent leur foi en paix.

C’est une intervention de long terme, au contact rugueux du terrain, que nous ne pourrons pas mener seuls ; mais notre devoir est de la susciter. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses voix s’élèvent pour que la France s’engage.

Nos hommes politiques avaient eu la sagesse de dénoncer l’intervention malheureuse de George Bush et Tony Blair en Irak et surtout la gestion désastreuse de l’après-guerre, qui ont entaché durablement le crédit des Américains et des Britanniques dans la région. Malgré les risques, le président de la République a également eu la sagesse de faire intervenir promptement et avec succès les troupes françaises au Mali, aux côtés des Maliens et avec le concours du Tchad. Nous savons intervenir dans le respect des populations locales et avec leur concours. N’ayons pas peur de nous mobiliser pour l’Irak.

Que notre voix particulière au Conseil de sécurité de l’ONU, le maillage de notre réseau diplomatique et le professionnalisme reconnu de notre armée soient mis au service d’une large coalition ayant pour but d’intervenir militairement sur le terrain et d’aider à la reconstruction de l’Irak, aux côtés des Irakiens.

Une victoire collective est aujourd'hui possible, sans avoir à mobiliser une démesure contre-productive de moyens dont nous ne disposons pas. Cette victoire aura des répercussions positives sur les pays limitrophes, en particulier en Syrie. Agissons avant qu’il ne soit trop tard et que la situation ne devienne incontrôlable.


* Les signataires de cette tribune sont : Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône (UMP), Faraj-Benoît Camurat, président de Fraternité en Irak, co-fondateur de Sens commun (UMP), Jean-Christophe Fromentin, député-maire de Neuilly (UDI), Erwan Le Morhedec (dit Koz), avocat à la Cour, Dominique Reynié, professeur de Sciences politiques, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, Philippe de Roux, directeur d’ONG et fondateur des Poissons roses (PS), Antoni Yalap, président du Comité de soutien des chrétiens d’Irak.

Le titre de cette tribune est inspiré d'une citation de Vian Dakhil, députée d’origine yézidi au Parlement irakien, implorant une intervention pour sauver les minorités en danger.


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